Dimbali

TARA voilier Polaire à Lorient au sec ! Ecrit par ENVIRONNEMENT le 5/03/2008

Aventure humaine, scientifique et technique… tout près de chez vous …
FILM EXPO CONFERENCES à ne pas rater ! Patrick P.

Site internet pour en savoir plus : www.taraexpedition.org
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Extrait du journal de bord du TARA du 3/03/2008

La baleine au sec

Presque deux ans après sa mise à l’eau au port de pêche de Lorient, en mai 2006, en vue de la dérive, Tara a retrouvé cet après midi au même endroit la terre ferme. « J’ai l’impression de revivre les mêmes choses à l’envers. Le bateau avait été levé ici, avec le même portique. Deux ans ont passé, de manière très rapide en fait ». Ces mots sont celui du chef d’expédition Grant Redvers quelques minutes après la fin de la manœuvre. Impressions livrées sous un crachin bien breton. Avec aussi du crachin bien humain dans les yeux.

A 16H30, devant quelques badauds, des journalistes excités à l’idée de couvrir un événement, des curieux, des pêcheurs de Keroman, le colossal portique du Port de pêche de Lorient a arraché de l’eau verte les 130 tonnes de Tara, de la baleine. Les appareils photo ont découpé en autant de clichés cet extraordinaire moment. La fin de cette aventure « Tara Arctic » 2006-2008 pour tous les marins, scientifiques, artistes, médecins, journalistes, logisticiens polaires, responsables administratifs, responsables de la communication. Ces russes, néo-zéalandais, norvégiens, estoniens, américains, monégasques, français qui ont eu la chance de vivre pendant tous ces mois dans un univers extrème pour aider la science à mieux comprendre. A disposer de nouvelles données sur cette région du monde, l’un des thermomètres de la planète.

Doucement la baleine s’est élevée au dessus de l’eau. Et chacune des personnes présentes a basculé. Entre émerveillement, curiosité, étonnement, inquiétude, nostalgie, pression pour ne pas rater l’image, tout le monde a vécu encore grâce à ce merveilleux vaisseau du froid, cette glacionef, cette caravelle en aluminium dédiée à la découverte des secrets des derniers sanctuaires du monde, un moment d’éternité. Le temps s’est arrêté. Tara nous a encore emporté de toute sa puissance, avec sa coque grise et son nez orange fluo inimitable, sa robustesse écrasante aussi vers le rêve.
Tara, incroyable machine à rêves et à réalité. Fierté collective de l’avoir habitée, d’avoir « navigué » avec dans la glace comme sur l’eau libre, de carresser sa coque des yeux ou avec la main pour les passants. Comme on touche un mythe. Mais un mythe vivant. Simplement.
Samuel Audrain, le chef mécanicien peu enclin aux effusions émotives me disait quelques minutes après que Tara soit posé sur des calles et qu’un échaffaudage se prenne désormais pour son nouveau ponton que « l’arrêt des moteurs s’était bien passé, qu’il les avait remercié de leurs bons et loyaux et services » pour Sam aussi la pression retombe, la dernière manœuvre de cette campagne s’est bien passé. Dans un bateau comme ça, la coque se fait vite appeler baleine, les moteurs sont comme des bonnes jambes qui vous ont porté ou vous espériez, et même au delà.

Tara quitte l’eau pour plusieurs semaines, pour se refaire une santé avant de nouvelles aventures. « La coque n’a rien. Il y a juste un coup sur la cage d’hélice babord. On met un coup de peinture général et on repart » me disait alors sous l’énorme masse maintenue par des sangles, le directeur logistique de l’expédition Romain Troublé.

Cette mise à sec va accélerer le départ des équipiers. Petit à petit ils se disséminent. Seul le capitaine Hervé Bourmaud, Ellie Ga l’artiste new-yorkaise, Charles Terrin l’un des membres de l’équipage de l’été 2007 resteront pour travailler à bord. Avec de nombreux renforts, des mains qui pourront aider la baleine à retrouver une jeunesse. Des habitués qui avaient déjà participé au chantier de préparation. D’ici une semaine tous les autres seront partis. Au programme du repos, mais aussi beaucoup de travail en perspective pour l’après expédition. Grant Redvers qui est resté à bord tout le temps de la dérive comme Hervé Bourmaud, envisage très sérieusement d’écrire un livre. Des expositions, des conférences, un film sont aussi en projet. Bref, pour la plupart l’après « Tara Arctic » se met en place vite. Les autres sont déjà retournés à leurs métiers d’origine, cette compétence qui en dehors de leur détermination a fait qu’ils ont décroché le sésame pour faire partie de la famille Tara. Ou sont en attente comme Sam et Marion de basculer vers une nouvelle aventure. Pour eux ce sera bientôt la Polynésie et ses lagons paradisiaques pour quelques mois. Pour Audun Tholfsen le norvégien et Timo Palo, l’estonien une traversée du Groenland à ski.
Mais même éparpillée la famille Tara, famille de glace rassemblée grâce à la baleine, dans son ventre au cœur du froid polaire résistera à la patine du temps.
La glace réchauffe durablement le cœur des hommes.
Etienne Bourgois, le directeur de l’expédition, directeur général d’agnès b. est déjà en train d’étudier des pistes d’expédition pour 2009. Avec peut-être avant cela une tournée cet été des ports français et européens.
A suivre comme d’habitude sur ce site !

Taranautement
Vincent Hilaire

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Extrait du journal de bord du TARA du 29/02/2008

Tara déglace à Keroman

Pas un déglaçage de thons ou de juliennes mais de matériel. Déglaçage parce que Keroman est un des grands ports de pêche breton. Le balais des grues et des drisses a commencé hier. Des entrailles de la « La baleine », l’équipe Tara a débarqué sur le quai au total une vingtaine de tonnes.
Il faut dire que le pôle de pêche de Keroman avait mis à disposition toute une partie de ces infrastructures pour faciliter la tâche de l’équipe.
Depuis que nous sommes arrivés ici dans le Morbihan il y a une semaine, entre Tara et Lorient c’est une vraie idylle. Ou que nous appontions à Keroman ou à l’ancienne base de sous-marins (BSM), il y a toujours une lorientaise ou un lorientais pour nous accueillir, nous poser furtivement quelques questions. Avec beaucoup d’attention et de simplicité. Conscients de ne pas pour autant perturber un rythme de déchargement soutenu.
Ce soir, jeudi nous sommes sur la bonne voie. La quasi totalité de tout ce que contenait Tara a été sorti. Il reste à finir le matériel de cuisine, nettoyer le bord et normalement lundi prochain Tara quittera l’élément liquide.
La coque est en bon état extérieurement à part quelques bosses. Mais qu’en est-il de l’intérieur. Comment la structure, varangues et membrures, a-t-elle travaillé avec les pressions de la glace ? L’entrée et la sortie dans la banquise ?
Et puis il y a aussi les chocs thermiques. Condensation entre l’extérieur et l’intérieur. Quelquefois lorsque nous passions de –30° à –2°, toute la glace qui s’était développée à l’intérieur de l’aluminium côté cabines a fondu, entraînant des infiltrations d’eau dans toutes les cloisons. Ces journées là, il fallait vite protéger le matériel informatique et suspendre au bon endroit des boîtes de conserve pour récupérer l’eau qui suintait au goutte à goutte.
Autant dire que l’auscultation lente de toutes les cloisons, des fils électriques va être un point essentiel avant que Tara reprenne du service. Peinture, révision et nettoyage d’un certain nombre de points névralgiques du bateau sont au programme pour plusieurs mois. Après seulement les 150 tonnes de ce migrateur de l’extrême retoucheront l’eau. Des journées portes ouvertes seront organisées pour les lorientais qui nous ont accueilli de la plus belle manière qui soit, il y a déjà presque une semaine. Mais on en est pas encore là. Pour l’instant Tara l’a bien mérité, c’est l’heure du massage, de la manucure et du brushing après un exploit réalisé sans anicroches.

Vincent Hilaire

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Extrait du journal de bord du TARA du 2/02/2008

Tara dans les « starting blocks »

Tara est prêt à reprendre la mer. Le gréement a été vérifié en long et en large. Hier Samuel Audrain (chef mécanicien) et Grant Redvers (chef d’expédition) ont plongé sous le ventre de la baleine. À part de petits impacts sur les deux hélices - ce sont les blocs de glace qui ont glissé sous Tara au moment du passage de l’ice-edge- la coque est intacte. Quelle construction ! Après un an et demi de froid extrême, des compressions d’une puissance inouïe, et une lutte de titans pour franchir le rideau de glace avant de retrouver l’eau libre, la coque en aluminium n’a pas une égratignure. Incroyable. La baleine a presque vingt ans et pas une ride.
Aujourd’hui, une journée portes ouvertes était organisée à bord. Annoncée par la presse locale elle a drainé une bonne centaine de personnes. Marion Lauters, Ellie Ga, Audun Tholfsen et moi nous nous sommes improvisés guide. C’était très agréable de pouvoir encore partager ce que nous avons vécu. Surtout avec des personnes qui connaissent le froid et la glace. Nous avions rangé et nettoyé le bateau pour éviter toute chute. Un bateau est autant de pièges et d’obstacles à franchir pour pouvoir se payer le luxe d’en découvrir les secrets apparents. A fortiori une goélette polaire, avec de la glace et de la neige éparpillée sur le pont.
Un moment très agréable en tout cas. Avec des lueurs dans les yeux de certains qui faisaient plaisir à voir. Du concentré de passion. Il y avait peut-être parmi elles et eux, les aventuriers polaires de demain.
Demain dimanche, après cette semaine de rangement et de vérification de l’état de Tara, des journées de ballades en traîneaux tractés par des chiens, et des virées en motoneige sont prévus pour l’équipage. Une journée pour profiter un peu du Spitzberg et encore de la neige et de la glace avant notre départ lundi dans l’après-midi. Adieu cercle polaire arctique. Adieu désert blanc. Retour vers des climats plus tempérés.
Tara va mettre le cap sur Portsmouth, avant de boucler la boucle à Lorient un an et demi après son départ, et aux termes d’une dérive qui est désormais historique. Kenavo !

Vincent Hilaire

Groupe de projet : EEDF Lorient - Ville : LORIENT - Région : Bretagne

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